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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 20:50

Les trois derniers coups s’annoncent. Ils résonneront à jamais dans ma tête. C’est ma dernière soirée face à ce public qui m’attend, qui m’acclame. Il faut que je respire profondément. Il va m’aider, je lui ai déjà demandé, ce soir j’en ai vraiment besoin.

J’essaie de regarder discrètement sur les côtés de la scène et pousse donc l’épais rideau rouge sanglant qui nous fait tous rêver.

Combien de fois nous sommes-nous retrouvés les soirs de final enroulés dans ce tissu de velours…? Nous ne faisions plus qu’un, nous étions en totale fusion… Ce soir va être différent…

J’aperçois au premier rang le directeur du théâtre, à ses cotés son épouse. Oh… même Rachel Spitz est là ! Cette étonnante comédienne a un talent fou et est pourtant en tournée depuis 18 mois à travers la France, sa pièce « Cœur à prendre » est un véritable petit bijou, un succès sans nom.

Serai-je jalouse ? Non il m’en faudrait plus.

Mais ce soir où es-tu ?

Tu devrais être là au premier rang, je ne te vois pas. Tu ne peux pas me faire ça ce soir, ne m’abandonne pas. Te rappelles-tu ma tournée lorsque je jouais sur les scènes de plein air les soirs d’été en Provence ? J’étais brûlante, un vrai feu ardent, tu ne pouvais l’éteindre et d’ailleurs le voulais-je ?

Je ne cessais de fermer les yeux alors que tu t’emparais de mon corps. Nous chavirions ensemble, ne faisant plus qu’un.

Tes caresses m’enivraient, je frissonnais de désir, tu réussissais toujours par me faire oublier mes foulées sur les planches.

LUI seul savait m’enflammer.

J’avais besoin et envie de ses caresses brutales là maintenant, tout de suite.

Il fallait que je m’isole, je ne pouvais entrer en scène dans cet état.

Me voici dans ma loge, sa lumière tamisée m’aide petit à petit à faire le vide et soudainement un souffle chaud arrive sur ma nuque, le voici enfin.

Les yeux fermés, mon corps commence à se détendre, je tremble, c’est bon signe, signe que tout mon être est en émoi, à l’écoute et désire cette union pour enfin retrouver l’harmonie, la sérénité.

Je me laisse faire, il me porte, me dompte et m’enivre. Il sait parfaitement y faire, je me laisse guider. Son souffle est torride et me chatouille, mes tétons se durcissent, mes hanches se cabrent, ma respiration devient haletante, doucement la transe m’envahit et c’est l’extase.

Je m’évanouis de fatigue, de bonheur furtif, mais Dieu que c’était bon.

Un hurlement me réveillait et me rappela à l’ordre… Catherine, ma costumière se demandait ce que je faisais et me cherchait partout en criant mon prénom, je ne pouvais la laisser entrer dans ma loge, elle risquait de LE voir. Je me retournais et constatais qu’IL s’était enfui aussi vite qu’il était apparu tout à l’heure… IL devait être pressé de me voir sur scène.

Il est temps de revêtir mon costume, mon masque de la soirée, mon personnage de scène.

Je relève en vitesse mes jupons et change immédiatement ma culotte mouillée contre une culotte sèche, je vais même jusqu’à prendre un string bleu nuit afin de bien montrer le contraste de mon costume de nonne et celui de ma vie de tous les jours.

C’est le moment d’entrer en scène, mon cœur s’emballe comme d’habitude, je pense à toi, comme d’habitude… Pourquoi ne pas penser à Henry, l’homme de mes jours et de mes nuits, Henry que j’aime depuis maintenant 15 ans ?

J’essaie cependant d’imaginer mon Henry sur le canapé du salon à m’attendre bien sagement alors que nos enfants dorment…

Je monte sur les planches, je suis complètement aveuglée par les feux de la rampe, les projecteurs m’éblouissent.

Mon dialogue commence avec José, le jardinier du Carmel. C’est parti, mon rôle est endossé pour une heure vingt-cinq sans entracte.

Je me sentais comme protégée et essayais de distinguer quelques visages… Je me livrais à eux et donnais tout ce que j’avais en moi, une réelle communion entre le public et moi s’installait. Je jouissais littéralement.

A peine avais-je fini mon dernier mot que les applaudissements ne cessèrent de croître. Cette dernière était parfaite, pas un faux pas. J’avais hâte de me retrouver seule dans ma loge, enfin pas tout à fait seule d’ailleurs, je savais qu’Il serait là, qu’Il m’envelopperait de toute sa force. Je ne pouvais m’échapper déjà, je devais affronter mes aficionados, la presse… je n’en pouvais plus… Je voulais LE remercier d’être à mes côtés, j’avais besoin de sentir mon corps exploser, de sentir le vide, d’être dans un état second.

« Ô temps suspends ton vol… »

Soudainement je me mets à vaciller, la magie agissait enfin, je ne pouvais maitriser mes émotions, la chaleur m’envahissait et je pouvais à présent prétexter un retour dans ma loge. Je me fichais bien des quand dira-t-on.

Vite, je filais hâtivement et vertigineusement vers l’objet de tous mes désirs et décidais de m’enivrer, de me saouler de son nectar. Je fermais la porte à clé et clamais de rester seule sans être dérangée.

J’allumais mon lecteur de CD et décidais d’écouter Agnès Obel. Je me déshabillais lentement et ne gardais que mon string et mon soutien-gorge. Je m’allongeais sur le divan et attendais l’instant propice, je fermais les yeux. Mon corps commençait à se contracter, je sentais sa présence, mon désir montait doucement, j’avais tellement envie de m’abandonner, de tout lui donner, il fallait qu’il me possède. La gourmandise s’emparait de moi, la sensualité n’est pas un vilain défaut, il faut juste savoir s’arrêter à temps afin d’en apprécier la saveur. C’est là où commence le plaisir.

Je commençais à sentir ses caresses sur ma poitrine, ses baisers ensorcelants m’envoutaient. IL dessinait mes courbes, je sentais son souffle tiède, je frissonnais, mon désir d’érotisme arrivait à son paroxysme et la volupté en était son bouquet final, l’apothéose… L’orgasme des profondeurs. J’ondulais telle une couleuvre sur le sable brûlant, je mordillais mes doigts et frémissais, mes hanches allaient et venaient, je ne contrôlais plus mes spasmes saccadés.

IL me dirigeait, savait tout de moi, de mes désirs, de mes pulsions, je devenais une femme soumise et totalement dévouée sexuellement. Le libertinage prenait le dessus, j’étais heureuse, fatiguée, vidée et m’endormais quelques instants, je l’avais remercié d’être venu à nouveau me voir, m’habiter un dernier soir…

C’était ma dernière représentation et je crois que je peux dire que je n’ai jamais été autant en communion avec LUI, il m’était fidèle, je lui étais également fidèle à ma façon, il était mon amant hors pair, mon compagnon de plaisirs.

Je pris conscience ce soir-là qu’il ne me quitterait jamais.

Il est en moi et je l’accueille avec frénésie à chaque rencontre. Ces rendez vous sont et seront incontournables. Il mobilise mes énergies, il me fait me dépasser à chaque représentation. Il est si proche et si lointain de moi à la fois…

Mais qui est-il ??? L’amant de ma loge, mon amant masqué, Lui seul me fait vibrer, lui seul sait attiser les braises naissantes quasi ardentes qui séjournent sur mon mont de Vénus, lui seul sait me faire sortir de mes gonds, me faire jouir grâce à ses allers et venues incessantes dans mon antre d’amour, c’est tout un art de rentrer en relation, j’aime gémir de plaisir, j’aime quand ma respiration est entrecoupée de râles expiratoires et enfin un ultime sourire quand le plaisir est arrivé, quand il est devenu jubilatoire…

Qui me procure de telles sensations, de telles émotions, qui… ou quoi… ???

C’est en lisant Sarah Bernhardt quelques années auparavant que je compris une chose, plus exactement deux choses (qui n’en faisaient qu’une) qu’il me fallait cet amant de loge et qu’il fallait que je me laisse pénétrer avant chaque représentation sans LE voir, il demeurait et demeurerait l’amant masqué.

C’est Elle qui avait dit à une de ses élèves qui se plaignait de ne pas le connaître qu’il viendrait quand elle rencontrerait le talent…

En toute humilité, je dois le dire… il est charmant et je ne désire en aucun cas le perdre, je resterai donc talen…tueuse, chacun le sien, je l’aime trop pour le partager… si un jour il me quitte je ne le supporterais pas, il ne me restera plus qu’à mourir de plaisir sur scène tel Jean-Baptiste Poquelin…

Trois consonnes, une voyelle c’est le prénom de mon Eros

L’avez-vous reconnu ce bel inconnu qui vous connaît par cœur… qui a la trique et moi le trac ?

Oups… je vous ai donné son nom…

FIN

Published by Gwenn - dans nouvelles
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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 15:27

Ce 16 janvier il y a cinq ans tu m'as quittée

À mon réveil plus de câlins plus de baisers

Une tartine grillée et un chocolat froid

Sur ses genoux, papa m'explique mais maladroit

Il n'a rien vu, n'a rien senti toi son trésor

Il pleure je pleure et je ne comprends pas encore

Pourquoi tu es partie nous laissant bien aigris

Très en colère je pense qu'il ment alors je prie

Pas de nouvelles venant de toi jusqu'à ce jour

2 février où tu nous dis c'est pour toujours

Juste une lettre avec un cœur prédécoupé

De jolis mots, avec tendresse tu dis m'aimer

C'est payer cher la liberté qui n'est que tienne

Comment veux-tu de mes 10 ans que je comprenne

Quelques photos dans la maison subsistent encore

Je sens l'odeur de ton parfum qui s'évapore

Maman tu sais, si j'ai le manque de toi parfois

Sache entre nous que j'ai le meilleur père qui soit

Tout seul le soir il pleure sa femme, elle ne sait pas

Moi je l'entends, depuis cinq ans, il ne sait pas

Je grandis vite et nous vivons bien vaillamment

Tu penses à nous… c'est impossible… et si seulement…

Une utopie car on ne laisse deux cœurs blessés

Sans s'expliquer. Seule la folie peut s'emparer

D'une pauvre femme qui ne mérite pas d'être mère

Si Famille rime avec éphémère

 

Published by Gwenn
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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 23:43

J'ai tellement redouté ce moment

Et pourtant il s'impose tel un glas

Les mots simples tu ne les comprends plus

Mon visage tu ne t'en souviens pas

Ce que tu as fait hier ne t'est plus familier

Mon prénom t'est totalement inconnu

Mais je suis là à tes côtés

Je prends ta main, je la caresse

Ses rides nous montrent le temps qui passe

Tous les jours je viens te voir

J'espère… oh oui j'espère

Rien n'y fait tu nous quittes lentement

Tu es seule, nous sommes abandonnés

Toi notre pilier, tu nous échappes

Égoïstement je repense à ces moments

Tous les moments, tout tes gestes d'amour

Dieu sait s'il y en a eu

C'est trop tard pour le dire

Alors je me tais

Mais quand comprendrais-je

Qu'il faut vivre chaque instant

Qu'il faut donner pour prendre

Et non prendre pour donner

Le monde est à l'envers

Les rôles sont inversés

C'est la vie qui veut ça

Éternelle tu l'es

A mes yeux c'est certain

Je redescends sur terre

Et sommes là réunis

Tes Enfants bien chéris

T'entourons et t'aimons

C'est fini.

 

Published by Gwenn
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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 18:09

Demain serais-je là

Me diras-tu encore

Des mots qui sonnent fort

Que je ne connaisse déjà

Si demain je ne suis

S'il te plaît oublie moi

Vis ta vie sans pourquoi

Ta route se poursuit

Un autre amour t'attend

Tu ne dois pas pleurer…

Ce que je t'ai donné

N'était pas inconstant

Sauve-toi du carcan

Dont j'ai pu t'entourer

Malgré moi acéré

D'un amour trop brûlant

Published by Gwenn
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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 20:57

Ce soir je suis pensif

Ce monde est agressif

Qu'en est-il de la vie

Que Dieu nous a transmis ?

Mon Dieu ton Dieu son Dieu

Toi mon frère je t'ai vu

Ce matin dans la rue

Tu marchais si tranquille

Savourant ton idylle

Sans savoir que demain

Sera grand son chagrin

Car la mort t'emporta

Par un tir à tout-va

D'un homme endoctriné

Un extrémiste né

Sans pitié et sans foi

Il a tué sans effroi

Pour lui la Haine est reine

Et le monde son arène

Rien ne l'arrêtera

Il recommencera

Étant sûr que son Dieu

Est le seul à ses yeux

Le seul libérateur

En un mot le meilleur

Il agit en son nom

Pour lui c'est sa raison

Il tue scandant son nom

Son pouvoir et renom

Moi ce soir je suis triste

Je sais que Dieu existe

Il nous a tous créés

Modelés façonnés

Rappelant son image

D'un Dieu amour et sage

Seulement nous les Hommes

Nous ses fils nous ne sommes

Pas capables d'aimer

Tolérer, respecter

Tout ceux qui nous entourent

Notre âme n'est que vautour

Naissons libres et sereins

Devenons assassins

La vie seule nous transforme

En une bête informe

Qui oublie que la paix

Est enfouie désormais

Au plus profond de lui

Il massacre aujourd'hui

Sa violence engendrée

Donne aux autres l'idée

De tuer pour venger

Leur rôle est érigé

Ce qu'ils ne comprennent pas

C'est que leur Dieu combat

L'Homme faisant sa justice

Ne laissant qu'immondices

Le sang coulant à flots

Il n'a peur pour sa peau

Kamikaze fanatique

Antidémocratique

Je suis tu es nous sommes

Libres égaux et tous frères

Peu importe la couleur

De nos pensées et peaux

De nos actes et croyances

Je pense donc je suis

Je pense donc je dis

Je pense donc j'écris

Cependant quand j'écris

Quand je fais quand je dis

Non jamais je n'oublie

Que le mot liberté

N'est pas démesuré

Qu'offenser c'est blesser

Cessons de provoquer

Par des mots des écrits

Apportant véhémence

Et créant des conflits

Ma liberté s'arrête

Où commence celle de l'autre…

Published by Gwenn
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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 20:38

 

Titouan et Maïwenn

 

 

 

Je fermai les volets de notre chambre et repensais au merveilleux moment passé avec nos amis ce soir-là.

Maïwenn, ma «formidable» épouse m’avait concocté un anniversaire surprise pour célébrer mes 50 ans.

Quelle bonne idée... Elle avait réussi à rassembler nos amis, mes amis de jeunesse, de célibataire sans se douter qu’elle raviverait en moi une flamme.

 

Nous nous couchâmes donc éreintés après avoir rangé rapidement les victuailles restantes dans le réfrigérateur. Nous ferions le reste le lendemain.

 

Maïwenn se rapprocha de moi et m’embrassa langoureusement. Son corps doux et chaud m’enveloppa soudainement jusqu’à me faire frissonner. Je tendis la main vers la télécommande et mis en marche le dernier disque de Rumer, une artiste de jazz and soul à la voix envoutante.

Les caresses de Maïwenn me transportaient dans un autre monde. Un monde de douceur et de fantaisie, elle savait parfaitement comment me faire voyager. Le trajet ne fut pas long, nous arrivâmes ensemble sur les hauteurs.

 

J’aimais profondément Maïwenn et ne cessait de le lui dire, de le lui montrer.

 

Cela fera bientôt 25 ans que nos corps s’unissent sans jamais un soupçon d’envie d’aller voir ailleurs si le nectar y est meilleur.

 

«Nous nous étions connus alors que nous venions de fêter nos 24 et 21 ans.

Je ne me consolais pas d’une rupture amoureuse et elle fêtait l’obtention de son Master en droit.

Stephan, notre bon ami commun organisait cet été là un séjour de rencontres sportives.

Il insista pour que je vienne afin de me changer les idées et je finis par m’incliner. Je n’étais absolument pas sportif mais l’idée de me laisser porter quelques jours me séduisait.

 

Je quittai alors les tourbillons Rennais pour trouver une certaine quiétude costarmoricaine. Ma 205 commençait à manifester quelques signes de faiblesse et même avant-coureurs d’abandon, mais parvint cependant à me conduire à bon port.

Nous avions rendez-vous au château de Kergrist près de Lannion.

L’arrivée fut majestueuse. Il émanait de cet ancien manoir breton du XVème siècle une certaine sérénité.

Ce château est entouré d’un magnifique parc comprenant des jardins à la française et des jardins paysagés, un endroit où l’on se sent en sécurité, où il fait bon vivre.

 

Stéphan se tenait dans la cour d’honneur du château et expliqua ses attentes.

J’avais l’impression étrange, tout au moins le sentiment que la pierre me parlait tant les lieux étaient enchanteurs.

Le jeune châtelain nous fit une visite aux chandelles en nous narrant l’histoire du château et de ses nombreux habitants. Mon sang se glaçait, je frémissais, tout mon être vibrait en l’écoutant. Je me sentais bien entre ces murs, le temps s’arrêtait...

 

Notre hôte nous montra nos chambres, la surprise fut de taille : nous allions dormir dans des cabanes sur les faits d’arbres séculaires.

Cette découverte enthousiasma chacun d’entre nous.

Une flambée magistrale réchauffa nos premiers frissons nocturnes, nous dinâmes tranquillement et simplement, tout en faisant connaissance.

 

Alors que le dîner touchait à sa fin, cinq jeunes gens firent irruption et interrompirent notre brouhaha.

Une des jeunes filles se détachait et semblait faire sa mijaurée.

Le groupe s’excusa de son retard en prétextant une crevaison sur l’autoroute.

J’avais du mal à imaginer ces trois petites coincées accompagnées par ces deux garçons quasiment imberbes et qui semblaient terriblement proches, démontant et remplaçant le dit pneu crevé...

 

Je décidai de rejoindre mon antre et de m’envoyer en l’air dans les étoiles avec Morphée.

Des bruits de pas incessants troublèrent mon sommeil, j’en avais assez !

Ce n’étaient pas des petites effarouchées nantaises qui allaient faire leur loi. Le seul fait d’imaginer qu’une quelconque petite araignée puisse apparaître les faisait hurler de peur sans compter les bonds qu’elles faisaient au moindre bruit ou cri d’animaux suspect.

Je m’imposai et leur demandai instamment de se taire et de dormir. Ce qu’elles firent.

Je riais en moi-même en me disant que le pouvoir d’une voix masculine valait de l’or !!!

 

Pendant ces quelques jours, nous fîmes donc fonctionner nos têtes et nos jambes. Stephan avait raison : j’étais ailleurs, cela me faisait grand bien, j’oubliais Vanessa, ma douce Vanessa...

 

Le dernier jour, je proposai d’aller nous promener dans la région, en bord de mer, pour découvrir cette côte de granit rose si réputée. Ma «chambrée» se précipita en répondant positivement.

En plus de les supporter la nuit, je leur servirai de guide.... Allez, mon côté «bon samaritain» élevé chez les Jésuites, revint au galop et je leur dis de monter dans mon carrosse.

 

Nous longeâmes la baie de Trébeurden, les rochers roses apparurent.

Les grèves de sable blanc et fin se succédèrent et enfin nous arrivâmes à Trégastel, quel écrin de merveilles !

L’équipe était de charmante humeur, nous commencions à bien nous connaître et, finalement, à nous apprécier. Chacun parlait de ce qu’il aimait, de ce qu’il faisait dans la vie et de ses projets personnels.

Le soleil jouait à cache-cache mais l’air était doux, la journée était sans aucun doute propice à la promenade.

 

Les nantaises, Bénédicte et Maïwenn voulurent se baigner, pourquoi pas ? Nous nous arrêtâmes donc sur la presqu’île Renote.

Un rocher nommé le Dé domine l’anse. Comment un rocher pouvait-il tenir ainsi en équilibre sur un autre rocher ? Mystère que nos amis Korrigans ne nous ont pas expliqué durant ce séjour... Toujours est-il que le site était merveilleux.

Les filles commencèrent à se déshabiller et je fus happé par la beauté fulgurante de Maïwenn lorsque sa robe en mousseline blanche glissa sur sa peau que dorait un timide soleil.

Une beauté éblouissante… Elle détacha ses cheveux : une autre femme apparut en elle. Elle courut vers l’eau et se précipita «sans chichis» dans ce glaçon.

Elles étaient courageuses car la température de la mer n’excédait pas 16°. De vraies sportives bretonnes !

 

Le séjour se termina et je poursuivis mon début d’été requinqué par l’iode marin et des amitiés naissantes.

 

Mon travail de journaliste était plus ou moins en stand-by durant les périodes estivales, j’en profitais toujours pour m’adonner à mon passe-temps favori : les recherches généalogiques pour ma famille ou mes amis. Me connaissant féru et doué pour ces recherches, ces derniers n’hésitaient pas à me confier leurs requêtes.

 

La semaine qui débutait s’annonçait riche en évènements dont une soirée diapo organisée par Stephan retraçant nos exploits sportifs et nos meilleurs moments joviaux.

Je m’y rendais en me remémorant certains instants inoubliables...

 

Maïwenn se tenait sur la terrasse un verre à la main, ses cheveux dénoués voletaient dans le vent citadin. J’eus soudain un pressentiment, une vision de bonheur tranquille. Saurais-je le saisir ? Je sus alors que cette fille allait devenir ma femme. Je me dirigeai vers elle pour la saluer et passai la soirée à l’écouter. Je me noyais dans ses paroles : depuis ce jour, nous ne nous sommes plus quittés.»

 

Alors que Maïwenn dormait dans mes bras, je repensais à celle pour laquelle mon coeur battait la chamade depuis exactement six heures et douze minutes.

Pourquoi l’avait-elle invitée ?

Après tant d’années, mes sentiments n’étaient visiblement qu’anesthésiés, cet amour était indéfectible et nous perdrait Maïwenn et moi. Que faire, je n’avais pas de solution.

 

«J’avançais vers la maison, l’idée d’être enfin en week-end me détendait déjà. Nos enfants venaient pour quelques jours fêter mon anniversaire. Notre fille et notre gendre, Madalen et Gildas nous avaient annoncé que nous serions grands-parents dans quelques mois, nous nous en réjouissions. Quand à nos garçons Pol et Mathurin, ils s’apprêtaient à se fiancer à des jeunes filles tout aussi intelligentes que jolies. Nous formions donc une famille unie et heureuse, une famille où l’amour était omniprésent.

 

J’ouvrai la porte d’entrée et fus saisi d’un grand moment de solitude, un mur humain me regardait en chantant «Joyeux anniversaire Titouan». Quelques têtes inconnues me firent peur ; Alzheimer ou je ne les connaissais vraiment pas... ? Puis, soudain, mon regard se posa sur elle.

Je ne pouvais la quitter des yeux. Que de souvenirs remontaient à la surface ! Elle n’avait pas changé, je l’aurais reconnue n’importe où, à n’importe quel moment de la vie. Ma Vanessa, mon amour-passion.

Je m’approchai d’elle pour la saluer et elle me présenta d’emblée son mari, Alban.

Avait-elle peur que je ne me mette à parler de notre jeunesse ?

 

En lui disant bonsoir, une envie folle de la serrer dans mes bras me vint alors. Son parfum m’envoutait, son timbre de voix ample, chaleureux relevant d’une tessiture étendue ravivait vivement souvenirs soudains et lointains.

 

Parmi la centaine d’invités présents, je ne voyais qu’elle : elle brillait de mille feux. Avait-elle vu le changement brutal de mon attitude lorsque mes yeux aperçurent son visage ?

 

Pourquoi était-elle venue d’ailleurs ?

Elle savait qui elle venait voir, elle...

Moi pas, je ne savais rien... d’où ma surprise, ma stupéfaction.

 

J’essayai de l’éviter tout au long de la soirée. J’aimais Maïwenn, je ne me sentais pas capable de la tromper, de briser notre promesse.

J’eus l’impression que Maïwenn avait perçu de la gêne dans mon comportement, elle ne cessait de me regarder, soupçonneuse. Je fis donc très attention et allai de groupes en groupes…

 

La fête battait son plein, tout le monde dansait, mes amis et ma famille m’avaient considérablement gâté. Mais... je n’étais pas moi-même, ma tête tournait, ma vie vacillait, mon futur basculait.

 

 

L’Homme est faible.

 

Soudain, je me mis à chercher Vanessa des yeux, elle n’était plus dans mon champ de vision. Elle n’était tout de même pas partie... Je pris peur... ne plus la revoir... Non, son mari dansait et avait l’air de bien s’amuser. Maïwenn discutait ou dansait selon son envie ou son interlocuteur...

Je sortis et l’aperçus, elle fumait une cigarette seule, isolée du monde, à l’écart du bruit.

 

Je m’approchai doucement, lui demandai si tout allait bien. Elle me regarda, une larme coulait sur sa joue. Je ne pus m’empêcher de l’essuyer avec mon index mais celui-ci fut comme aimanté et se mit à caresser ce visage si suave que j’avais tant aimé.

 

Vanessa prit ma main, nous nous regardâmes comme au premier jour.

Nous traversâmes à toutes jambes le chemin qui nous séparait du bois, cette lisière qui séparait l’éphémère de la réalité.

 

Nous étions à fleur d’émotion, nos lèvres, dans la précipitation, se cherchaient ; il nous fallait rattraper vingt-sept ans en quelques minutes pour ne pas alerter quiconque de notre absence.

Quelques secondes suffirent à nous retrouver nus, sentir nos corps l’un contre l’autre, bassin contre bassin, nous étions ivres de bonheur, ivres de chaleur et jouissions jusqu’au vertige fatal.

 

Nous renaissions des cendres du chagrin en magnifiant notre amour suspendu.

 

Nous rejoignîmes les acteurs de la fête sans laisser paraître notre émotion et feignîmes de nous intéresser aux autres. Je réussis malgré tout à lui glisser mon numéro de téléphone avant qu’elle ne parte...»

 

Maïwenn se mit à bouger et se réveilla. Nous refîmes l’amour sans grande conviction, comme une pulsion, comme si nous savions que c’était la dernière fois que nous nous entremêlions.

 

Les jours qui suivirent furent extraordinairement beaux, extraordinairement riches en «re»découverte de l’autre, Vanessa m’accomplissait.

Les mois passèrent, je restais le même, rien ne transparaissait.

Maïwenn s’éloignait progressivement, je sentais une envie de m’échapper et commençais à culpabiliser.

Elle s’absentait tous les après-midi, je décidai de la suivre.

Son « escapade » me mena sur les bords de la Vilaine, plus exactement près du Parlement de Bretagne à l’Hôtel Angelina...

 

Maïwenn voulait se sentir libre, libre d’aimer… Tout avait été calculé, elle avait donc organisé sciemment mes retrouvailles avec Vanessa.

 

Notre couple était détruit, mort.

En agissant ainsi, elle oubliait que deux autres familles allaient éclater.

 

Ma petite effarouchée Nantaise s’était bien dévergondée et filait le parfait amour clandestin depuis près d’un an sans que je ne m’aperçoive de rien.

 

Elle ne se sentait nullement coupable d’adultère puisque moi aussi je la trompais...

 

 

Alban et Vanessa

 

 

Alban se sentait heureux, cette soirée d’anniversaire lui plaisait, presque jusqu’à l’enchanter.... Il regardait en souriant son épouse Vanessa qui se trémoussait sur un rythme enivrant.

 

Il faisait bon ce soir-là, le soleil avait donné ce qu’il pouvait tout au long de la journée. On sentait réchauffés les coeurs de chacun et tous prêts à s’amuser.

Il y avait quelques mois, lorsqu’il avait reçu l’invitation à cette «birthday party», il avait à la fois senti une gêne et un soulagement. Alban pressentait bien les choses, il avait en quelque sorte, régulièrement, des intuitions ou des rêves prémonitoires qui se révélaient réels.

 

Lorsqu’il montra ce courrier à Vanessa, elle feignit d’avoir oublié l’existence de ce futur «roi de la fête». Et, après quelques minutes lança un mea culpa... Alban la connaissait bien depuis vingt ans et comprenait parfaitement son petit jeu.

Il faisait comme s’il ne comprenait pas.

Au début de leur relation, Vanessa parlait beaucoup de Titouan.

Le verbe oublier n’existait pas pour lui. Alban savait tout de lui.

Alban se mit à repenser à leur rencontre.

«Qui aurait pu imaginer un instant ce mariage quasi impossible entre Alban et Vanessa ? Lui non plus d’ailleurs...

 

…/…

 

C’était au début du mois de juillet, un restaurant rue de la Contrescarpe à Paris, une bande de copains fêtant le début des vacances estudiantines.

Ils arrivaient les uns après les autres et s’installaient donc au fur et à mesure à des places inoccupées. Alban venait de réussir son concours de commissaire-priseur et s'apprêtait à travailler dans un office parisien réputé. Vanessa, quant à elle, réussit avec brio son Master en communication mais aujourd’hui, elle ne pouvait manifester sa joie.

 

Elle venait de rompre sa relation plus qu’amoureuse avec Titouan, elle s’en mordait les doigts.

Le dîner était festif et bien arrosé.

Alban se sentit immédiatement attiré par cette jeune fille à l’air triste et méditatif. Qu’avait-il pu lui arriver pour qu’elle soit dans un état pareil ? Il fallait certainement que ce soit quelque chose de grave pour avoir une tête d’enterrement comme celle-ci.

Il décida de s’approcher d’elle, d’entamer une conversation, de faire connaissance, de la découvrir... et de lui faire passer une agréable soirée.

Il avait envie de la réconforter, de l’entourer de ses bras virils !

Alban n’était pas en quête d’amour, tout lui souriait en ce moment. Son métier le passionnait, la vie était belle, le gâtait et lui en savourait chaque miette.

 

Il était aimé de tous tant il était bon, doux et attentif envers chacun ; il était la coqueluche de toutes ces demoiselles, elles le voulaient toutes !

 

Sa culture artistique étendue impressionnait grand nombre de ses amis qui ne se lassaient de l’écouter parler aussi bien des statuettes aztèques que d’un tableau incompréhensible de Miro.

 

Vanessa le vit s’approcher et fut séduite par la douceur des traits de son visage. En même temps, elle n’avait aucune envie de discuter et fit sa mine renfrognée n'incitant pas à la discussion. Aux premières questions qu’Alban lui posa, elle ne répondit que par oui ou non, de manière évasive ou par de simples et courtes phrases. Au fond d’elle-même, elle priait pour que ce garçon s’en aille.

 

Titouan ne sortait pas de sa tête, pourquoi lui avait-elle dit d’arrêter leur relation ? Elle l’aimait, il l’aimait mais quelque chose au fond d’elle-même la fit douter quant à la pérennité de ses propres sentiments. Il lui fallait mettre à l’épreuve ses émotions, mais n’était-ce pas égoïste de sa part ? Elle se dit qu’après les vacances, au mois de septembre, elle reprendrait contact avec Titouan, il l’attendrait, elle le sentait.

 

Elle assumerait sa décision et vivrait l’instant présent.

C’était ainsi. Après ce dîner, Alban et elle échangèrent leur téléphone et adresse et se dirent qu’ils se reverraient. Alban savait à partir de ce jour que Vanessa serait sa confidente et qu’il ferait sa vie avec elle.

Il décida de laisser passer quelques jours avant de la recontacter.

Le jour «J» arriva, ils se promenèrent au jardin du Luxembourg et arpentèrent les rues environnantes.

 

L’après-midi passait à vive allure, leurs langues se déliaient, ils se découvraient l’un l’autre. Alban voyait indéniablement que Vanessa ne cesserait d’aimer Titouan mais il ne déclara pas forfait.»

 

Finalement cette invitation le soulageait presque, ils décidèrent de s’y rendre débordants d’alacrité et un cadeau en poche.

 

Vanessa devait jubiler et à la fois craignait cette rencontre. Même s’il est évident que Titouan avait parlé de leur relation à Maïwenn, comment allait-il réagir en la voyant ? Pourquoi sa femme les avait-elle invités, elle était au courant de cet amour de jeunesse mais elles ne s’étaient jamais rencontrées...

 

Qu’avait-elle en tête ? Titouan continuait-il à parler d’elle... si seulement...

Alban accueillait cette rencontre comme le Messie, pourquoi ?

 

Il aimait sa femme, mais comment l’aimait-il, de quel amour ? Comment s’aimaient-ils depuis vingt ans ?

 

Il imaginait tout à fait ces retrouvailles, quelque part il en rêvait et ce jour-là se présentait devant lui, ce soir...

 

Alban connaissait Titouan depuis des années sans que personne ne le sache, il pensait que Vanessa ne se doutait de rien. Chaque année, et ce depuis vingt ans, Vanessa louait pour les vacances hivernales un appartement à Courchevel. Que de souvenirs liés à cette station... Elle pensait qu’il n’y voyait que du feu... et pourtant... si elle avait su...

C’était en effet intelligent de sa part.

 

Emmitouflée dans sa combinaison et munie de lunettes de soleil, elle passait inaperçue, n’était reconnue de personne et surtout pas de ... Titouan...

Vanessa avait le plaisir de regarder, d’admirer l’être qu’elle aimait devant les yeux consentants de son époux.

 

Alban avait compris très vite ce manège.

D’ailleurs il était assez heureux, cela lui procurait une certaine jouissance de les voir évoluer sur cette neige immaculée. Titouan ne se doutait de rien. Notre instigatrice arrivait à ses fins sans jamais s’être fait découvert. Une telle constance serait un jour récompensée me disait-elle. Tout du moins il l'espérait pour sa délicieuse épouse.

 

Cet amour de jeunesse ne pouvait finir ni ne pouvait être enfoui.

Ce mariage entre Vanessa et lui n’était qu’une façade et finalement arrangeait ce «couple».

Sans en discuter, sans avoir décidé d’un commun accord de la vie qu’ils mèneraient, ils vivaient en parfaite osmose.

 

Ils l’avaient deviné tous les deux. Leur amour était devenu une amitié indéfectible.

Alban se souviendrait à jamais des yeux pétillants et de la liesse qui émanait du visage de Vanessa alors qu’elle et Titouan se voyaient ce soir-là après 20 ans de séparation.

 

Son rayon de soleil revivait, ils avaient beau butiner chacun de leur côté de groupes en groupes, leurs regards se cherchaient.

 

Comme Vanessa était belle ! Elle avait choisi sa plus belle petite robe noire décolletée laissant place à toute idée érotique. Il n’était pas insensible à son charme. La regarder danser l’enchantait, il la sentait heureuse, presque épanouie, enfin ! Après tant d’années, il découvrait la femme qui vivait à ses côtés.

 

Il se mit à danser auprès d’elle, il lui souriait, elle fit de même, il s’approchait, la prit dans ses bras, ils s’embrassèrent comme jamais ils ne l’avaient fait et lui susurrait à l’oreille de voler, de la quitter et de s’accomplir enfin...

Elle ne parut pas étonnée, le regarda et ferma les yeux en signe de reconnaissance et de soulagement.

 

Elle était lui et Il était Elle.

 

Il la laissait partir. Il regardait Titouan qui semblait apeuré, il la cherchait vraisemblablement. Il lui jeta un regard inquiet et sortit. Vanessa et Titouan se retrouvèrent comme au premier jour, il étaist heureux pour eux et pour lui.

 

Alban ne comprenait toujours pas les manigances de la femme de Titouan.

 

Afin de ne pas déranger ces retrouvailles, il décidait de s’occuper de Maïwenn afin qu’elle laisse les tourtereaux se redécouvrir.

 

Il comprit à l’instant, par un regard trop posé et qui en disait long, la raison de ce piège.

 

Un autre avait pris place dans sa vie, quelle petite ingénieuse...

 

Il fallait y penser, aller rechercher un amour de jeunesse et pousser son conjoint dans ses bras afin de lui faire porter la faute.

 

Mais au fait, qu’était-il en train de faire ?

Inconsciemment, il les aidait tous les trois.

 

Il réalisait qu’enfin il pourrait vivre au grand jour sa vie secrète, il téléphona immédiatement à Philibert pour lui annoncer cette liberté que celui-ci attendait depuis dix-huit ans.

 


L’ŒIL DE MADALEN

 

 

19h15, Gildas et moi-même arrivions enfin chez mes parents.

Maman organisait un anniversaire surprise pour les cinquante ans de papa.

La route m’avait fatiguée. Beaucoup de circulation à l’occasion de ce long week-end. Le beau temps s’annonçait enfin, les citadins en profitaient donc pour s’échapper de leur train-train quotidien.

 

Hélas, nous faisions parti de ceux-là.

 

Dans mon état, un rien prenait des proportions énormes et me mettait de très mauvaise humeur.

Alors doubler le temps d’un voyage m’irritait au plus haut point.

Mon cher amour ne conduisant pas, je me devais de le faire et d’arriver bien sûr à bon port, à l’heure, tout du moins avant les invités...

 

Nous formions, comme on dit, une famille unie, exemplaire. Mes parents avaient réussi leur vie de famille. Il y avait juste un mois, nous leur annoncions que nous attendions notre premier enfant : ils étaient fous de joie et impatients de faire la connaissance de leur future «petite progéniture» !

 

Maman nous accueillit donc ce soir de fête, tout semblait prêt. Les tables étaient dressées magnifiquement, les victuailles s’étalaient à l’envi et la piste de danse nous attendait.

Mon frère Pol fit les derniers réglages de la sono. Un air latino entrainant se fit entendre qui, soudainement, me mit en liesse et en forme.

 

Les invités n’allaient pas tarder à arriver. Tout semblait parfaitement géré.

J’admirais mes parents, leur amour me fascinait. Ma mère, Maïwen possédait cette allure élancée et distinguée qu’ont les femmes du monde, il se dégageait de son être un certain glamour et un magnétisme fasçinant.

Quant à mon père, son élégance le trahissait laissant concevoir le milieu dont il provenait, son teint mat et buriné par le temps faisait de lui un cinquantenaire très séduisant.

 

La pièce était maintenant illuminée de sourires attendant avec impatience l’arrivée du quinqua.

 

Mes yeux balayèrent le panel et tout d’un coup fixèrent un visage familier. Où avais-je vu cette femme ?

Dans ma tête, tout se mit à se bousculer, des images que je désirais oublier revenaient rapidement et généraient en moi des questionnements innombrables et complètement fous. Tout revenait...

 

Pourquoi ? Que faisait-elle ici, chez nous ? Pourquoi Maman l’avait-elle conviée à cet anniversaire surprise ? Savait-elle ? Avait-elle fini par comprendre tout ce qui se passait depuis au moins 15 ans ?

 

Elle était chez nous ce soir et mon père allait la revoir après tant d’années. Elle avait réussi à rejoindre son Casanova...

 

Ce que je ressentais intérieurement en cet instant ressemblait davantage à de la mélancolie et une immense solitude, j’errais dans le néant.

 

Le passé resurgissait brutalement comme un diable de sa boîte.

Depuis plusieurs années, je ne passais plus de vacances avec mes parents.

Je détestais la montagne, ou plus exactement Courchevel.

 

Malheureusement, durant mon adolescence, aucun hiver ne se passait pas sans un séjour dans les hauteurs enneigées. Et là... pas un séjour sans rencontrer cette femme.

 

La première fois que je l’ai vue, tout en elle suscitait des interrogations.

Sa façon de se vêtir, emmitouflée, cachée sous son bonnet, m’amusait beaucoup. J’avais l’impression qu’elle tournait dans un film comique.

 

Plus les jours passaient, plus j’avais la certitude qu’elle nous suivait.

Chaque année, c’était un éternel recommencement : elle nous regardait. C’était indéniable. Moi, je la voyais, elle ne le savait pas tant elle était absorbée dans sa quête jusqu’au jour où...

 

Je n’en ai jamais parlé à mes parents ni à mes frères Pol et Mathurin, c’était mon secret, tout le monde a des secrets.

Je savais que j’avais transgressé les règles.

J’avais à peine 15 ans...

Alors qu’elle faisait la queue à la boulangerie de la station, je me décidai à aborder cette femme en la heurtant négligemment. Elle supposait donc qui j’étais... Pour s’excuser, elle s’empressa de me donner quelques chouquettes qu’elle tira de son sac. Bien entendu, les questions commencèrent à fuser, je répondai très évasivement. J’en posai à mon tour mais les réponses ne furent pas à la hauteur de mes attentes, je n’appris rien.

 

Cette année-là, nous déménageâmes. J’aidais maman à faire les cartons. Nous tombâmes sur de vieilles photos datant de leur adolescence. J’en profitai donc pour en savoir davantage et questionnait ma mère.

Elle n’avait pas changé, je la reconnus tout de suite et compris immédiatement. Elle s’appelait Vanessa, papa et elle s’aimaient furieusement jusqu’au jour où leur amour prit fin sans que mon père ne comprît la teneur de cette rupture.

Je connaissais la suite...

Maman arriva, puis nous : leurs enfants.

 

Cette femme était donc malade, malade d’amour.

 

Ce fut alors que je me mis à raconter à maman tout ce qui se passait à Courchevel depuis tant d’années.

Je compris à cet instant que rien ne serait comme avant, je venais de briser ma famille. J’étais tellement apeurée, le secret était très lourd à porter, je devais me délester de ce fardeau, mais à quel prix ?

 

Durant les années qui suivirent, maman continuait à vivre comme auparavant, seulement le doute d’un quelconque adultère devait l’envahir. En effet, elle se décida à engager un détective privé qui, évidemment lui démontra par a+b que son mari ne vivait rien d’illégal et n’avait donc aucune vie parallèle.

Elle mit de côté cette « drôle » d’affaire et décida même d’abandonner les vacances annuelles à Courchevel.

 

La vie à la maison était des plus agréables, nous grandissions et nous épanouissions dans un climat familial des plus heureux.

 

Les années passèrent, je m’envolais du nid. Je sentais que beaucoup de choses étaient en train de changer.

Maman se remit à travailler, pour le plaisir bien sûr car papa subvenait largement aux besoins familiaux même s’ils s’amenuisaient d’année en année.

 

Le comportement de maman changeait, se modifiait au fur et à mesure des semaines. Papa s’absentait régulièrement pour son travail mais lorsqu’il revenait, il retrouvait une femme épanouie, il s’en réjouissait.

 

Sa naïveté lui jouait des tours. Il ne s’en doutait évidemment pas.

 

De par son nouveau job, maman rencontrait beaucoup de monde.

Une autre femme était née. Elle se remit à prendre soin d’elle, s’inscrivit à un club de sport, s’habillait de façon plus jeune et dynamique.

 

Cette « nouvelle femme » semblait se plaire enfin, et visiblement devait plaire autour d’elle.

 

On ne fait jamais assez attention, c’est bien connu... ce qui devait arriver arriva...

 

J’étais décontenancée, abattue, triste, déçue.

 

Je me souviendrai toujours du jour où je l’ai aperçue puis reconnue.

 

Il faisait un temps merveilleux cette après-midi-là, très chaud, rester dans son appartement relevait de la pure folie.

 

Je pris donc la voiture et décidai de m’octroyer une demi-journée en bord de mer.

Cap sur St Malo, trois petits quarts d’heure après, ma serviette était étendue sur le sable malouin.

Les bretons avaient eu, eux aussi, cette même idée d'échappée, l’appel du large !

 

Quelle chance j’avais eu d’avoir pu terminer mon travail plus tôt que prévu...

L’eau était délicieuse et me rafraîchissait. Je nageais tranquillement en admirant la cité entourée de ses remparts.

 

Les touristes arrivaient déjà en nombre à cette époque de l’année.

 

La mer était à mi-chemin et ne recouvrait qu’une partie de la plage, laissant ainsi l’accès au grand Bé, grande attraction touristique pour les amateurs de Chateaubriand.

 

Soudain, un profil familier m’apparut... Non ! Je devais me tromper, ce ne pouvait être elle... Papa était aux Etats-Unis pour une semaine et maman m’avait dit qu'elle partait suivre une formation dans la Nièvre. Ce n’était donc pas possible !

 

Et pourtant... Ce couple main dans la main, riait, semblait extrêmement amoureux et très complice.

 

Je nageais en essayant de m’approcher sans me faire remarquer. Je devais vérifier mes soupçons pour répondre ainsi à mes interrogations.

 

Mon sang ne fit qu’un tour et se glaça tant j’étais anéantie. La femme qui se promenait avec cet homme n’était autre que ma mère… sauf que l’être à ses côtés m’était inconnu...

Ma mère... mon modèle...

 

Elle était si occupée quelle ne me vit pas, heureusement d’ailleurs, je ne sais vraiment pas comment j’aurais réagis face à elle.

Je ne pouvais la quitter des yeux. Ainsi, la mère que je vénérais transgressait toutes les règles du mariage et surtout réduisait à néant toute l’éducation qu’elle nous avait transmise.

 

Je ne savais que faire, j’étais désemparée, seule au milieu de cette mer franco-anglaise, prête à m’immerger pour oublier cette vision d’horreur et ses inévitables conséquences.

 

Je décidai donc de me taire et de rentrer illico sur Rennes. J’éviterais ainsi les bouchons de retour.

 

Ce fut, je crois la pire après-midi de ma vie.

 

Pourquoi étais-je la seule des enfants de la famille à constater cela, je veux dire remarquer la vie compliquée de ces adultes auquel j’appartenais dorénavant ?

Je repensais à cette espionne de Courchevel...

 

Et la voir là... devant moi... en face de moi... je ne comprenais rien... ou si... je comprenais tout, hélas !

 

Oh ! La perversité des adultes… et de ma propre mère.

FIN

Published by Gwenn - dans nouvelles
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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 18:39

Les vacances estivales furent merveilleuses. Cela faisait longtemps que j’attendais intérieurement des vacances comme celles-ci, elles étaient enfin arrivées.

Il ne leur manquait qu’une petite étincelle…

 

En ce mois d’août 2012, chaleur, convivialité, joie et gourmandise s’entremêlaient au fur et à mesure que les journées passaient.

La maison familiale située face aux dunes du Pyla accueillait famille et amis.

Nous mesurions totalement notre chance d’avoir hérité de ce havre de paix à la mort brutale de Papa trois ans auparavant. Maman nous avait déjà quittés d’une embolie une décennie plus tôt. Mon père vivait à l’année dans cette maison et aimait l’entretenir, son aisance financière lui permettait de réaliser de gros travaux et enfin il n’hésitait pas à m’interroger pour toute décoration. J’avais ainsi carte blanche.

Mon père était un homme de goût, au sens pratique très développé. Il n’avait que de bonnes idées, je l’admirais. Cela n’était pas facile non plus pour un homme de soixante ans de vivre seul dans une grande maison vide entre chaque vacance scolaire. Certes, il avait un bon groupe d’amis qu’il aimait recevoir régulièrement et nous venions l’entourer le plus souvent possible mais cela ne faisait pas tout.

 

L’amour qu’il avait pour ma mère était indéfectible, nulle autre femme ne pouvait et n’aurait pu prendre sa place. A sa mort, il n’eut qu’un seul but, s’occuper de cette maison qui était en très mauvais état, nous la transmettre transformée en joyau mais surtout transformée en une maison vivante et accueillante à faire vivre à jamais.

 

Son but arrivait à échéance, la mission qu’il s’était donnée était accomplie. Il lui fallait rejoindre celle qu’il aimait, il n’en pouvait plus de faire bonne figure, de jouer un jeu auprès de ceux qu’il aimait et qui l’aimaient. Il ne pouvait se résoudre à continuer sa vie sur terre sans elle. Dix années étaient passées, dix années de réflexion, dix années à se demander pourquoi rester si l’amour de sa vie n’est plus à ses côtés, dix années à vivre et construire sa vie pour ses enfants mais cela en était trop. Son chagrin était incommensurable.

 

 

 

 

Je sentais bien que mon père n’était pas heureux mais je n’ai rien vu venir, il est parti tout seul sans dire au revoir. Son départ brutal n’a donc étonné personne.

 

Sommes-nous tellement pris dans notre train-train quotidien pour ne rien voir venir ?

 

Je m’en suis voulue pendant un an, mon mari Philippe m’a beaucoup aidé à retrouver mon bien-être et à me dissuader de toute culpabilité.

Les deux premières années qui suivirent la mort de Papa furent un tournant de ma vie, j’abordais mes trente-cinq ans pleine de vie et d’amour.

Nos trois enfants, des triplés, croquaient la vie à pleine dent et se révélaient chaque jour davantage.

 

Ils étaient, ce qu’on appelle des enfants en or, puisque très faciles à éduquer et travaillant étonnamment bien tous les trois. Nous avions beaucoup de chance. Mon métier d’opticien m’accaparait énormément, Philippe était nettement plus présent que moi puisqu’il travaillait de la maison.

Notre vie se passait très bien, notre unité familiale se basait sur l’amour mais je sentais bien que le temps s’installait, il fallait quelque chose pour redonner une impulsion à cet amour qui commençait à végéter. Il fallait le nourrir, mais comment ?

Je réservais des tables pour diner, des weekends ensoleillés, nous nous aimions, c’est indéniable mais il fallait faire vite avant que ne s’installent la monotonie et l’éloignement.

Il n’est pas dans mes habitudes de parler de ma vie à mes amis et décidais donc d’appeler une conseillère conjugale et de prendre rendez-vous pour « sauver » notre couple. Ma démarche allait plaire à Philippe, j’en étais sûre.

Le nom de cette conseillère m’avait été donné par une amie d’amis il y a quelques années pour des cousins qui partaient à la dérive. Je me saisis donc du téléphone et composais le numéro inscrit sur le papier. Personne ne répondit, je ne sais pas pourquoi je tremblais, je n’étais pas sereine. Je laissais un message en me présentant et en laissant mon numéro de téléphone. Une vague de chaleur m’envahit. Une certaine appréhension supposais-je. Je réitérais mon appel environ une heure après, toujours sans réponse. Je pris mon mal en patience lorsque quarante-huit heures après mon portable sonna, s’affichait le numéro de la conseillère conjugale. Mon cœur se mit à palpiter en décrochant, et contre toute attente, c’est une voix masculine qui se mit à parler. Au premier son de la voix ma surprise fut évidemment grande mais très vite je fus séduite.

 

Une voix chaude et envoutante m’expliquait qu’il était désolé mais ne pouvait répondre à ma demande… Je m’étais sûrement trompée de numéro de téléphone.

Visiblement, il n’avait pas du tout envie de raccrocher. Une sorte de drague téléphonique s’installait, il me complimenta sur mon prénom qu’il trouvait très beau, jeune et un tantinet érotique… Waouh, qu’est-ce que j’entendais… J’en étais tout étonnée mais je ne savais pas pourquoi cela ne me laissait pas indifférente. Je mis tout de même fin à cette discussion en m’excusant platement de mon erreur…

Le soir même, je me décidai à parler à Philippe de ma décision de faire appel à une conseillère conjugale. Oh la la… au final, ce ne fut pas une bonne idée. Philippe se montra plus que réticent et refusa catégoriquement d’étaler sa vie de couple, de famille à quiconque. Je lui expliquais que je n’étais pas bien depuis quelques temps et que si lui allait bien, tant mieux.

Un effort de sa part aurait prouvé son amour pour moi. Il n’entendait rien. Je fus déçue et sentis ma coque, ma carapace s’installer… Je me mis même à déprimer, je délaissais petit à petit mon magasin en le confiant à mes employés et décidais de prendre quelques jours de repos, loin de tout, loin de lui…

Je devais me ressourcer, me retrouver, faire un point sur ma vie… A trente-cinq ans… Je me surpris à ne pas me précipiter vers ma maison extraordinaire, ma maison des dunes.

Il était nécessaire, vital, indispensable que j’aille dans un endroit inconnu, un endroit exempt de tout souvenir. Une amie m’avait parlé d’une chambre d’hôtes à Jersey il y a quelques temps, je me mis donc en quête de son adresse. J’allumais mon ordinateur et allai sur le profil Facebook de mon amie afin de retrouver les photos de ce dit gîte.

C’était formidable, une vue sur la mer bien dégagée, et le port sur la droite. Voilà les choses qui me tiennent à cœur : une belle maison et un beau paysage. J’écrivais donc un message à mon amie afin de lui demander les coordonnées de ce lieu magique. Je fondais beaucoup d’espoir sur ces quelques jours d’exil, coupé de tout et de tous.

Mon amie me répondit très vite. Ces réseaux sociaux sont incroyables. Je n’en étonnerai toujours. J’avais l’habitude de m’y connecter tous les jours. Un petit mot en passant à telle amie ou tel cousin faisait toujours plaisir. J’avais ainsi retrouvé des amies du primaire et du collège, quelque chose d’improbable ! Je conversais ainsi avec des amis habitant au Canada ou au Costa Rica ! Je téléphonais donc à Jersey et bloquais quatre jours.

Je prévenais Philippe et les enfants de mon départ en insistant sur le fait que j’avais besoin de me reposer. Tout le monde le comprit au vu du rythme soutenu de ma vie professionnelle !

Je pris le bateau à St Malo sur une mer houleuse. Les vagues, telles des rides mouvantes venaient s’échouer sur la coque. Un véritable coup de mer s’abattait sur la Manche. Se tenir dehors était le seul moyen d’échapper à tout mal de mer.

 

Arrivée à bon port, je marchais vers la tête de station des taxis. Celui-ci me conduisit à St Aubin.

Ma suite m’attendait au rez-de-chaussée avec un jardin privatif donnant sur le port. Ma joie était immense.

Je commençais même à me libérer de toute emprise familiale. C’était bon signe. Je m’installais dans mon antre, branchais mon ordinateur car je devais, malgré tout, rester en contact avec le magasin.

 

J’étais heureuse, je poussais la chansonnette et mis en fond musical le dernier CD de Lisa Ekdhal. Je jubilais et me vautrais sur cet immense canapé telle une adolescente. Je commençais à rêvasser et subitement me remis à penser à mon entretien téléphonique avec cet inconnu à la voix si chaude. Je m’imaginais cet homme… Il avait tout de même un certain culot… J’avais un prénom érotique…, c’était bien la première fois que quelqu’un me disait cela !

En fait, j’étais assez satisfaite, et lui comment se prénommait-il ? Comment pouvait-il être pour avoir cette voix si envoutante, si ensorcelante ?

Je me laissais embarquer dans mon imagination et fermais doucement les yeux, mon rêve débuta et je fus transportée au beau milieu d’un ciel constellé d’étoiles et voulant à tout prix décrocher la lune.

Je me réveillais environ une heure après en ayant un sentiment d’apaisement. Je voulais retrouver ce rêve mais mon ordinateur me rappela à l’ordre. Un message venait en effet d’arriver sur ma boite messagerie Facebook. Je regardais donc et constatais que je ne connaissais pas l’expéditeur dudit message. Le message commençait ainsi : ‘Chère Faustine, comme j’aime déjà écrire ce prénom… ! Depuis notre conversation téléphonique, je ne peux me résigner à oublier votre voix… » etc

Mon Dieu, c’était mon inconnu qui m’avait retrouvé par le biais des réseaux sociaux. En effet, lorsque je crus téléphoner à la conseillère conjugale, j’avais laissé mon numéro de téléphone. Il était donc facile pour lui de me rechercher. J’étais à la fois abasourdie et charmée. S’il savait que j’éprouvais le même ressenti depuis nos bavardages…

 

Il souhaitait que nous nous retéléphonions et faire ainsi plus ample connaissance. Que faire, je m’interrogeais... Il ne fallait pas que je réponde tout de suite mais en même temps, j’étais très curieuse et avide de rebondissements sentimentaux.

Une question me taraudait, avais-je le droit de penser à quelqu’un d’autre que mon mari ? Notre éducation judéo-chrétienne remontait à la surface…

 

Tout bonnement, est-ce tromper déjà ?

 

Ma tête s’embrouillait alors que j’étais censée me poser et justement réfléchir à ma vie, à notre vie de couple. Je sentais le vent tourner, une tempête arrivait dans mon désert de vie. Branle-bas de combat, ni une ni deux, limite totalement excitée, je saisissais le clavier et commençais ma réponse. Dans ma tourmente, je m’aperçus maintenant qu’il s’appelait Olivier. Un prénom qui lui convenait tout à fait, enfin plus exactement à sa voix… L’olivier est un arbre chaud qui s’épanouit sous le soleil méditerranéen. Tout ce que j’aime… Je ne pouvais que répondre par l’affirmative à cette demande plus qu’attirante. Et hop… je cliquais sur envoyer. C’était fait, j’étais émoustillée, j’acceptais sa demande sur ma liste d’amis et ainsi je me disais que j’allais enfin pouvoir mettre un visage sur cette voix.

 

Quelle déception, aucune photo postée, je m’empressais alors de réduire la visibilité de mon profil. Il n’y avait pas de raison, nous devions nous découvrir en même temps. Pourquoi aurait-il un temps d’avance sur moi ? Une vraie gamine, pensais-je. Le téléphone se mit à sonner, surtout ne pas me précipiter, attendre la quatrième sonnerie, voilà… maintenant…

Arf… cette voix qui me parle, me pose des questions, s’intéresse à moi, mais depuis combien de temps attendais-je cela ? Je redevenais une jeune fille, fragile comme une fleur venant d’éclore. Nous passâmes deux bonnes heures à discuter, de lui, de moi, de nos vies. Je me sentais tellement en confiance. Parfois, il me posait des questions étranges, c’était pour mieux m’imaginer me disait-il. Mais je répondais, il se laissait aller ou me disant que lui aussi était allongé sur son canapé et qu’il n’attendait que moi. L’adrénaline montait en puissance, il voulait aller plus loin, plus vite mais je compris vite et canalisais mon inconnu. Je rythmais nos échanges (vocaux bien sûr !).

Arriva le moment où il fallut nous décrire, il voulait tout savoir jusqu’à l’emplacement de mes grains de beauté, comment j’étais habillée et la couleur de mes dessous. Oui, cela allait un peu loin, mais… Je montais dans sa barque et naviguais avec lui, je posais les mêmes questions. Je me rendis compte que le désir montait en moi, je voulais rendre réelles ses caresses virtuelles ; Nous ressentions la même chose tous les deux et avions atteint le même état. C’était bon et cela faisait longtemps, trop longtemps que je n’avais pas été dans cet état de désir charnel.

Oliver était un homme mûr, un quinqua divorcé attentif à son corps. Je l’imaginais en costume allongé sur son canapé, les cheveux grisonnants, ébouriffés, sa barbe poivre et sel de quatre jours, l’Homme dans toute ma splendeur. Soudainement, il me dit vouloir me rejoindre à Jersey, je lui répondis que c’était fou et totalement impossible, il n’en démentait pas, moi non plus et lui expliquais que j’étais là pour réfléchir. La nuit passait à une allure folle, pas de temps mort, la conversation était fluide. On aurait dit deux amants de toujours. Nous raccrochâmes enfin à 6h15 du matin et m’endormais dans les bras de Morphée en souriant béatement. J’eus juste le temps de regarder par le jardin le lever du jour, cette boule de feu rougeoyante flirter avec la mer, c’était merveilleux.

J’entendis brusquement frapper à la porte, j’émergeais alors de mon court repos. La femme de ménage voulait sûrement nettoyer la chambre. Je me levais du canapé, me recoiffais en deux temps trois mouvements et répondis par un « oui, entrez » !

mais personne n’ouvrit la porte.

Tout en râlochant, je me dirigeais vers l’entrée et c’est alors qu’apparût, non pas la femme de ménage, mais devant moi, comment dire, un homme venu de nulle part, un homme étonnamment beau. Je le reconnus à l’instant. Il vit mes muscles se détendre et mes yeux éblouis par son charme, et surtout un sourire étonné et ravi à la fois.

Olivier se trouvait devant mes yeux à moitié entr’ouverts. Peu m’importait l’état dans lequel je me présentais à lui. Il était tel que je me l’imaginais, un quinqua plus que séduisant. Un jean, une chemise bleue Oxford, un blazer et des mocassins l’habillaient, sa barbe de quelques jours venait parfaire son visage à peine buriné par le temps. « Il ne faut pas que je craque me dis-je, non Faustine, tu ne dois pas céder à la tentation ». Je m’imaginais déjà dans une bd d’Hergé avec ma tête et deux bulles au-dessus, l’une me représentant en diable et dans l’autre, j’étais un ange. Bon sang, il était là, j’en étais bouche bée, il était là avec une petite fleur des champs cueillie fraichement du pot de fleurs d’à côté. Il m’a juste dit « Je rentre ou je repars ? » et moi « mais oui, rentre ! ».

La timidité avait repris le dessus, nous nous embrassâmes pour nous saluer mais vite l’étreinte ressembla à celle de deux meilleurs amis qui ne se sont pas vus depuis un long moment. Comme il sentait bon. Je reconnus tout de suite son parfum, un homme en Dior, un homme en Fahrenheit. Cette fragrance évoquait pour moi un contraste étonnant d’une certaine virilité accentuée par les notes du cuir, de vétiver et adoucie par un bouquet floral enivrant.

Tout collait à sa voix, en fait tout en lui était enivrant et chaleureux… Je ne voyais aucun défaut, il était parfait, et j’étais prête à savourer ce nectar jusqu’à la lie, jusqu’à l’ivresse.

C’est alors qu’une image me traversa l’esprit, Philippe, mon Philippe. L’Homme que j’aimais, l’Homme pour lequel j’étais partie réfléchir. Je ne pouvais pas mettre en danger mon couple. J’étais allée trop loin, trop vite sans réaliser les dégâts que cela pourrait engendrer.

Nous nous assîmes sur le canapé d’angle, je fermais la fenêtre car des effluves de poisson grillé arrivaient en même temps que tintèrent les douze coups de midi.

 

Nous nous mîmes à parler, parler, à refaire le monde. Les cafés, thé et biscuits furent nos seules nourritures terrestres.

Nous nous comprenions et ne faisions plus qu’un. Il me prit la main, je ne la dégageais pas, je me surpris même à poser ma tête sur son épaule. Il caressa mes cheveux et murmurait mon prénom, c’est étrange cette sensation de bien-être dans les bras d’un inconnu. Nous nous assoupîmes, nous étions bien. Après une bonne sieste, nous décidâmes de nous promener vers le port. Une fête était donnée au profit de la SNSM, des stands en tout genre. Très vite, son œil s’arrêta sur un pendentif chinois, il l’acheta et le mit dans sa poche.

Nous étions affamés, aussi la vision d’un pub animé nous séduisit immédiatement et commandions une grande assiette de fromages et fruits à partager sans oublier une belle pinte de Guiness. La musique résonnait, nous reprenions des forces.

Après ce frugal plateau, il me donna le pendentif et m’en expliquait la signification. C’était le symbole de l’amitié, il me l’accrocha autour du cou et me serra très fort contre lui.

Il m’expliqua qu’il était vraiment heureux d’être venu sur un coup de tête me rejoindre. Il s’en serait voulu de ne pas l’avoir fait. Il m’embrassa sur le front, des larmes coulèrent de nos joues, elles s’entremêlaient. Il m’expliqua qu’il ne désirait en aucun cas briser un couple qui s’aime et surtout pas profiter de cette situation de réflexion.

Il avait en effet tout compris. Nous étions heureux parce que soulagés, parce que l’ambigüité était levée, j’étais mariée, j’aimais Philippe, Philippe m’aimait. J’admirais l’extrême probité de mon inconnu. Nous avions trouvé en chacun de l’autre un Ami avec un grand A, nous savions que nous aurions pu nous donner l’un à l’autre mais nous nous respections trop pour entraver cette règle ;

Il était lui, j’étais moi, nous avions chacun nos vies, chacun nos idéologies, nos repères, nos éductions et nos limites. Le respect de l’autre ne commence-t-il pas par le respect de soi-même.

Je voulais pouvoir me regarder dans la glace chaque jour sans me dire les mots les plus vulgaires en guise d’insultes envers moi-même.

Olivier non plus ne voulait pas être à l’origine d’un couple et d’une famille déchirés.

Nous sommes bien tombés, le jeu était dangereux, la tentation immense mais nous avions gagné.

Oui, nous avions gagné une amitié. Il me demanda juste de pouvoir dormir cette nuit à côté de moi, tous les deux habillés avant de repartir le lendemain matin. Il me demanda également de téléphoner après son départ à Philippe et lui dire de vite me rejoindre car l’amour n’attendait pas et l’étincelle tant recherchée avait réussi à ranimer la flamme.

 

 

FIN !!!

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 10:18

Vite, tout va vite

Tout va trop vite

Je n'arrive pas

Mais qui pourra

Changer les choses

Seul un virtuose

 

Tout, tout de suite

Telle une poursuite

Contre le temps

Contre le vent

 

Peut être sans être

Etre s'empêtre

Attend, vas-t-en

C'est indécent

 

Je veux, j'en veux

A ces aveux

A ces non-dits

Que l'on enfouit

 

Beaucoup d'efforts

Sans réconfort

Besoin de rien

L'envie s'éteint

 

Bonjour, adieu

Mais sans un Dieu...

Peut-on survivre

Sans une dérive ?

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 22:33

Ca faisait longtemps qu’il n’avait pas croisé sa gueule dans un miroir, deux ans bientôt qu’Anna n’était plus à ses côtés. Deux ans passés dans le noir, deux ans à se demander pourquoi…

Deux ans de tristesse et d’amertume.

Ce matin-là, en se réveillant, William sut que cette journée allait être importante, un tournant dans sa vie, des décisions vitales devaient s’imposer et aujourd’hui serait une renaissance.

Dans ce miroir qu’il n’arrivait plus à quitter des yeux, se reflétaient tous les moments partagés avec Anna, des plus intimes, des plus joyeux aux plus douloureux.

Comme c’était difficile, pourquoi lui infliger cette peine ?

Lui, d’ordinaire si positif, était devenu un autre homme, mais à la vue de ce visage et de ce film qui défilait devant lui, une onde de furtif bonheur, qu’il fallait saisir, l’envahit.

Il s’empara d’un rasoir, retrouva ce geste instinctif et masculin qui l’avait quitté depuis ces deux années.

Un fond de mousse, une lame plus très coupante qui ne l’empêcha pas d’inciser son visage et la barbe disparut : William redevint comme avant.

Jazz Radio diffusait une reprise d’Elton John chantée par Therez Montcalm, tout prit alors son sens… « Sorry seems to be the hardest word« lui révéla ce qu’Anna voulait lui dire mais qu’il ne pouvait évidemment entendre.

PARDON. Anna ne cessait de le lui répéter depuis qu’elle n’était plus là.

William ne pouvait comprendre, ne pouvait lui pardonner de l’avoir laissé seul sans explication, sans lui avoir parlé.

Tant de questions laissées sans réponse. Pourquoi était-elle partie sans rien laisser ? Pas un jour ne s’était passé sans qu’il l’implore de lui faire une signe, et là , ce matin, elle était devant lui. Il avait envie de la toucher, de la faire sortir de ce miroir, de l’enlacer, lui parler, lui dire qu’il ne pouvait exister sans elle. Mais elle lui demandait de l’écouter , de la comprendre, de compâtir et surtout de lui pardonner, il devait être prêt.

Il devait réagir tout de suite et la laisser partir, ce qui, bien sûr, ne voulait pas dire l’oublier.

William et Anna s’aimaient depuis quatre ans d’un amour passionné, véritable, un vrai modèle pour leurs amis et famille. Tout semblait si serein. Et ce mardi soir… William rentrait dans leur appartement de la rue Mouffetard, pas un bruit. Cela ne ressemblait pas à la vie habituelle de ce lieu où régnait la musique qui rythmait la journée et la soirée.

Il appela Anna : pas de réponse.

Ils devaient ce soir-là dîner chez des amis et fêter leurs 3 ans de mariage.

20 heures sonnèrent, pourquoi n’était-elle pas assise dans sa chauffeuse, près du feu, fumant sa cigarette et explosant de rire à la lecture de son dernier livre girly « Confessions d’une accro du shopping » ?

Il s’avança vers la chambre pour se changer.

Il repensait à sa conversation de la veille au soir, plus exactement se souvint des 5 derniers mots entendus avant de tomber dans les bras de Morphée… « Ne m’oublie pas… je t’aime ».

Cette nuit fut majestueuse, emprunte de bonheur, celui que l’on ne voudrait jamais oublier. Tant de tendresse et d’amour se dégageaient de leur étreinte…

Il sortit de sa poche le cadeau destiné à sa dulcinée ; il aurait préféré le lui donner avant de partir , profiter de ce petit moment à deux. Cette bague, Anna la lorgnait depuis des mois, il savait qu’elle la comblerait.

Il poussa la porte.

Ce bijou lui ressemblait tant…

Elle avait raison de l’aimer, il lui était destiné.

Ces brillants multicolores qui sertissaient l’anneau en argent étaient ELLE, tout ce qui l’incarnait : la pureté, la douceur, l’éclat, la joie de vivre, l’éternité…

Les rideaux de la chambre étaient tirés, Anna était allongée sur le lit, elle dormait.

William s’inquiéta, s’approcha, l’embrassa sur le front. Anna ne répondait pas, elle semblait avoir froid, son corps était gelé. William toucha son visage, vit sur la table de nuit un verre d’eau et des boîtes de médicaments.

Que s’était-il passé ? Pourquoi ne lui avait-elle pas téléphoné ?

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 22:19

 

Ce matin, j’ai trouvé un smartphone dans le bus, je l’ai gardé. Je suis bien trop curieuse pour le rendre. Il me faut regarder tout ce qu’il contient.

 

Je suis comme cela et l’assume entièrement.

Avant de l’allumer, je me fais déjà mon film, je cherche à qui il peut appartenir. Quelle tranche d’âge ? Pas facile car aujourd’hui tout le monde a un portable, cela va du petit adolescent à la personne âgée.

Moi, je suis au milieu, j’ai 40 ans et suis passionnée par l’informatique… Cette découverte tombe à pic !

 

Mon premier geste en rentrant à la maison est de m’assurer que personne n’est rentré, il faut bien sûr que je sois seule pour disséquer l’objet de ma convoitise. Je m’assieds confortablement sur le canapé et sors frénétiquement le téléphone de ma poche.

 

C’est un Iphone dernière génération. Le panel pouvant posséder un modèle comme celui-ci se réduit donc.

A priori, le propriétaire serait âgé de 20 à 50 ans et je suis certaine d’une chose : c’est un homme.

 

Comment l’ai-je deviné ? Allez… je l’avoue… j’ai beau être fine observatrice, deviner cela n’était absolument pas compliqué : la coque dudit Iphone montre des dessins de voitures Formule 1.

D’accord… c’est facile…

 

Les possesseurs d’Iphone ne sont pas, en règle générale, des hommes d’affaire, eux préfèrent une autre technologie à double consonance…

 

Je commence mon exploration et l’allume comme s’il m’appartenait. Vous noterez que, à aucun moment, une once de gêne ou de honte ne parvient à me faire abandonner mon investigation !

 

Je n’en reviens pas : aucun code n’a été programmé, j’ai accès au contenu intégral de cet appareil…

Comme je suis joyeuse ! Pourvu que personne n’arrive à cet instant où mon excitation est à son comble.

Deux messages sont arrivés, l’un provient de Marc et l’autre de Marion.

C’est fait, je rentre dans la vie de mon inconnu par effraction, je jubile, mon cœur s’emballe.

Je m’attèle à lire ces messages. Marc dit qu’il pense à lui. Tiens ! Que lui arrive t-il, a-t-il un problème actuellement ? Soudain, un petit tressaillement de remords s’empare de moi. Rien de grave, ne vous inquiétez pas ! Très vite, mon indiscrétion reprend le dessus sans regret.

 

Que vais-je regarder maintenant ? Les photos bien sur, je saurai très rapidement beaucoup de choses sur lui.

D’un autre côté, j’ai envie de faire durer le plaisir et mon ardeur, je vais donc lire quelques textos.

 

Différents noms apparaissent, je laisse défiler et pointe mon doigt sur l’écran tactile pour ouvrir les messages d’un certain Diego. Alors… qui est ce Diego ? Le dernier message date de deux semaines, ce n’est donc pas quelqu’un qu’il voit ou avec qui il entretient des relations régulières. D’ailleurs, il ne doit pas habiter Paris car le lieu de rendez-vous se situe à Barcelone au Café de l’Opéra sur la célèbre Rambla.

 

Mon anonyme était donc en voyage il y a une quinzaine de jours ; cela dit, nous étions nombreux en vacances vers le 25 aout. Je consulte les messages de façon chronologique.

 

Mon incursion m’emmène tout naturellement vers les messages de « Maman ». Eh oui ! nous avons tous dans notre messagerie des petits mots de notre maman qui nous disent… : « bonjour, prends soin de toi, je t’aime, bonne nuit, tu viens déjeuner dimanche ? »

 

Et là… maman n’a pas l’air très proche de fiston : les textos sont plutôt brefs, allant à l’essentiel : pas de petits mots doux. « Encore un mal aimé » me dis-je.

Quand, tout d’un coup, en remontant dans le temps, je tombe sur un sms très tendre de sa mère (Oh ce message remonte à 8 mois).

« Mon Martin, pardon de ma réaction lorsque tu m’as avoué ta situation, je n’ai pas réagi comme il se devait, moi ta maman.

Viens me voir ce soir à la fermeture de la boutique. »

 

De nouveaux éléments et de nouvelles interrogations, mon enquête avance.

 

Il se prénomme Martin, a des amis qui pensent à lui, une mère remplie de regrets, c’est un voyageur qui aime le soleil et surtout il a une situation compliquée…

Martin… quel âge peut avoir ce prénom ? Hum… je dirais entre 35 et 45 ans !

 

Tiens, un sms vient d’arriver, c’est encore Marion, que dit-elle ?

« Colomban n’est pas bien du tout, viens vite, je t’en prie, dépêche-toi, c’est la fin »

Oh non ! Peut être la vie de Colomban ne tient-elle qu’à un fil et il ne le sait pas, il ne le verra peut être plus. Moi, je sais qu’à cet instant quelqu’un a besoin de Martin et je gèle cette circulation d'informations. Comment faire ? A cet instant, je reconnais que je panique, je ne suis pas fière de moi. Dois-je répondre à ce texto ? Un autre arrive : c’est Ludovic qui s’excuse de le déranger pendant ses heures de cours mais qui veut s’enquérir de la santé de Colomban.

 

Un appel survient, la photo de Marion apparaît, jolie femme, la quarantaine.

Je refuse de répondre et laisse la messagerie prendre le relais.

 

C’est peut-être sa femme et Colomban son enfant… Je commence à me sentir mal… Il est 11H 30, les enfants vont bientôt rentrer déjeuner. Je ne suis plus la même.

J’ai envie de remonter le temps mais le sentiment de culpabilité devient de plus en plus fort, et, pour l’instant, j’ai peur de contacter Martin ou un de ses proches.

 

Je commence à fouiller dans ce portable, vers différentes applications concernant les loisirs, le cinéma, quelques jeux de lettres.

Je tapote sur le logo photo et m’embarque dans la galerie.

Je reconnais quelques endroits bien célèbres comme la Sagrada Familia, les côtes Varoises… Une série de portraits mais aucun enfant en vue.

 

Colomban ne serait donc pas un enfant…

 

Je vois une photo de Marion très souriante avec un jeune homme devant le Colisée. Un beau couple me dis-je. Subitement, je m’avise de regarder dans le répertoire… C… comme Colomban

 

Tiens ! L’homme ressemble étrangement à celui qui enlace Marion.

Le nom de famille est le même : ils sont donc mariés.

Je continue à consulter les photos, beaucoup de portraits de Colomban dont plusieurs en chambre stérile. Ah ! cette photo de Colomban tenant un autre homme par les épaules, ce serait peut être Martin ?

 

De plus en plus de photos de ces deux hommes, très proches l’un de l’autre, de plus en plus proches… Je comprends à l’instant que Colomban et Martin est le couple, Marion doit être la sœur de Colomban.

 

Colomban est en train de mourir et l’amour de sa vie n’est pas à ses côtés. C’en est trop.

 

Je me décide à répondre à Marion par sms en expliquant que je viens de trouver ce portable mais ne sais à qui le rendre. Je veux que tout aille vite, que Martin récupère vite son bien et qu’il aille le plus vite possible auprès de Colomban. Je demande si je peux faire quelque chose, elle me répond qu’il faut très vite contacter Martin car quelque chose de grave arrive.

 

Je comprends mais je dois faire celle qui ne comprend rien.

 

La clé dans la serrure m’indique que ma fille rentre pour déjeuner.

Elle est visiblement furieuse et de très mauvaise humeur. Je ne cache

pas le portable, elle le voit immédiatement.

 

« Maman, tu as acheté le dernier Iphone ? »

 

Ma réponse est brève, négative, s’en suivent des questions pertinentes. Très vite, son humeur rattrape ses interrogations, je lui demande alors la raison d’un tel état. Pourquoi est-elle si énervée, et contre qui ou quoi ?

Le téléphone se met à sonner, la photo de Marion apparait, je sursaute de peur je me précipite pour répondre.

 

« Bonjour, pouvez-vous venir au 12 rue Mouffetard maintenant s’il vous plait ? »

 

Je réponds par l’affirmative et réalise que nous habitons au 48, nous sommes donc voisins ou voisines, je ne sais pas qui je vais rencontrer… Serait-ce Marion ou Martin ?

 

Ma fille m’annonce qu’elle m’accompagne. Je lui explique en deux mots. Une fois arrivées, elle commence à me dire « Je suis très énervée car notre prof de français… » Quand à cet instant, un homme sort de l’immeuble, c’est Martin, en pleurs. Ma fille le reconnaît immédiatement puisqu’il est son… professeur de français, Monsieur Martin Boldec.

 

Il prend son portable, me remercie et se met à « fondre » dans mes bras. Ma fille ne comprend plus rien, elle pense que nous nous connaissons depuis longtemps, je la sens déstabilisée, fragile et singulièrement émue de voir son professeur répandre ses larmes sur mon épaule.

 

Elle a bien intégré qu’il ne pleure pas pour un portable perdu et perçoit à présent tout le mal-être et l’énervement de Martin lors de son cours du matin.

 

Il nous propose de monter prendre un verre mais je décline son offre, il s’excuse de faire connaissance ainsi et demande à ma fille de passer sous silence ce passage à vide mais qu’elle comprendra bientôt.

 

Pour ma part, tout s’entremêle, je ne sais plus qui est qui et ce qui se passe, le chagrin m’inonde petit à petit

 

Nous nous disons au revoir et revenons vers notre appartement.

 

Delphine, ma fille me demande ce qui se passe, je sens bien que du haut de ses dix-sept ans, tout est clair.

Elle me raconte donc sa matinée, moi la mienne, sans rentrer dans les détails.

 

Une dizaine de jours passent… Aujourd’hui Martin sonne à la porte, il vient s’excuser de son comportement, de son laisser-aller…

 

Et moi… qu’aurais-je dû dire ou faire ?

 

 

 

 

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